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n° 1 |
Cinema |
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Gennaio 2001 |
Catherine Breillat : Romance X
Après et
deuxièmement viennent seulement les thèmes de la
jeune fille. Et là en premier il y a le sexe, le sexe, le
sexe, l’amour, l’amour, l’amour. Une obsession
vient ensuite : faire aussi bien que Oshima, plutôt une
belle référence. Puis l’obsession de nous
expliquer en quoi Oshima est la référence. La
seule, la vraie, l’unique référence digne de
ce nom. Paradoxalement, avec un seul film : L’Empire des
sens. 1
Ensuite viennent des choses dont elle n’est pas
responsable : qu’on la consulte comme l’oracle en
affaires de sexe, de censure autour du sexe
représenté, qu’elle nous explique en quoi il
faut du porno, encore plus du porno et toujours et encore du
porno. On ne peut pas lui en vouloir d’utiliser cette
tribune pour introduire ses propres paramètres : le sale,
l’abject, la souillure, la honte.
Voilà autour de quoi la société
française s’emballe comme un feu de paille. Donc
elle a raison de profiter de son statut de jeteuse, de jeteuse de
l’huile sur le feu de nos entrailles. Avec Romance,
son registre s’élargit de façon redoutable.
Nous sommes loin de ces plumes innocentes plantées dans le
trou du cul, des cuillères qu’elle retourne dans son
sexe ou de ces expositions cul-linaires en offrande de courants
d’air et de trains et de locomotives et de barrières
et de passages à niveau. 2
Loin aussi des escaliers
où l’on s’exécute en tapage nocturne
incarné par une langoureuse, plantureuse actrice
3 comme
seule Catherine Breillat arrive à en trouver. Donc les
escaliers de son film Romance, ah non, ça ne fait
pas le même effet. On plaint même l’actrice. Le
service de repérage a dû être très
fatigué et poser ses fesses sur autre chose que les
marches de cet escalier. C’est d’autant plus
impressionnant et inquiétant puisque l’actrice
trouvée, découverte, impressionnante de cette
romance qui n’en est pas une, a des fesses
décharnées, elle est « maigre comme une
chèvre », mais supporte stoïquement tout,
même un viol dans l’escalier.
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Reste la question que faire de sa culotte, autre thème
récurrent. L’enlever ou la remettre, est la
question. La petite culotte dans les films de Catherine Breillat
est impressionnante de permanence, c’est un signifiant
majeur. Toucherait-elle des sous de quelqu’un, car il faut
le dire, la petite culotte blanche, petit bateau (qui n’est
pas incompatible avec grand désir) est
omniprésente. On peut y voir un signe, mais de quoi ? La
hisser comme un drapeau (rappeler que dans certaines
sociétés il faut montrer les tâches rouges
sur sa culotte, son drap, sa robe, sinon on se fait massacrer la
nuit des noces), la balancer de façon ostentatoire, se
promener sans, mais l’accrocher au guidon du vélo,
la garder à portée de main, ne jamais la donner, en
tous cas, jamais en premier. Quand la fille de Romance
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va voir un médecin, il y a une armée de futurs
médecins qui s’en lave les mains. Ils mettent les
doigts dans son intimité, violent son corps en toute
légalité (qu’ils aient mis un gant, est leur
signe de connivence, c’est la moindre des choses). Elle
subit sans broncher. Elle avait un peu préparé le
terrain. Car chez ce genre de spécialiste, on ne peut rien
dire, on doit obéir. Sans enlever la culotte, on
n’existe même pas. Le gynécologue, n’est
pas sage, n’est pas femme.
Se donner les moyens de se faire jeter. La pauvre belle de
Romance traverse l’enfer du non désir de
l’ homme qu’elle aime. Ca la rend folle. Du coup elle
prend l’initiative : mais ça aussi c’est un
chemin de croix. Le seul qui est vraiment gentil, qui ne lui
reproche pas qu’elle est un peu étroite pour son
engin calibré et valeureux X-fois primé, elle
n’en veut pas en entendre parler.
6 Elle ne peut pas se
permettre ce luxe. Elle n’est pas prête pour le
recevoir. Où ai-je entendu cela ? Dans un film catho avec
une belle actrice 7.
Tout cela jette un froid. Les couleurs
dominantes sont des coloris d’eau, de ciel, de mer, de gris
d’hiver. Logique : « mon désir, c’est de
rencontrer Jack, l’éventreur. C’est certain
qu’il ouvrirait en deux une femme comme moi. »
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Finalement elle ne jette pas le bébé avec le
bain. Elle jette le mec qui s’éjecte tout seul.
Mais, c’est elle qui met l’allumette. Il
n’avait qu’à. Elle garde l’enfant. Se
pâme avec.
L’écart entre l’amour promis, la
félicité entrevue et la réalité des
choses de l’amour et du sexe, c’est sur cette
problématique que Catherine Breillat s’est
jetée. Schizophrénie, folie du clivage. L’eau
est froide, il faut se jeter dedans. La Jetée
était un film d’un romantisme torride,
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comparé à cette coulée de lave que
Catherine Breillat déverse sur la gente masculine à
la fin de son film, l’anti-romance par excellence. Le jeu
de massacre atteint son paroxysme. Sa belle construction
esthétique, son travail de mise en scène, tout
explose pour laisser la place à la maternité
triomphante, un enterrement kitsch, un mauvais rêve
d’enfant. « Le sexe, c’est une crainte
d’enfant, c’est l’amour, le véritable
enfer » dit Clarice Lispector.
10.
Romance, ce n’est ni le sexe, ni l’amour,
c’est une projection : elle nous a jetés des images
sur un écran. Et elle est partie se jeter ailleurs.
di Heike Hurst
1 « L’Empire des sens, c’est
l’extrême d’une passion privée du
vocabulaire des sentiments qui n’a plus que celui de la
chair » p. 20 , Romance, Petite Bibliothèque des
Cahiers, 1999
2 Charlotte Alexandra in Une vraie jeune fille,
film de Catherine Breillat, livre aux Ed. Denoël,
réédité en 1999
3 Tapage Nocturne, film de Catherine Breillat
4 Dominique Laffin in Tapage Nocturne
5 Caroline Ducey in Romance
6 Rocco Siffredi in Romance
7 Françoise Fabian in Ma nuit chez Maud,
Eric Rohmer
8 Romance, scénario, p. 58, Petite
Bibliothèque des Cahiers, 1999
9 La Jetée de Chris Marker
10 La passion selon G.H. de Clarice Lispector, p.150, Ed.
des Femmes
N.B.
Voici ce que dit Catherine Breillat sur ses actrices qui
jouent toutes sans filet et qui se pro-jettent les yeux
fermés dans ses images : «Ce que je poursuis dans
mes films, c’est le moment où le regard d’une
actrice se voile. Cette opacité brusque au moment
même où elle s’abandonne, où elle se
donne à voir et se dérobe complètement en
même temps, est un mystère vertigineux et absolu. Je
dis actrice, parce que l’homme lui, l’acteur, ne peut
être que celui qui regarde, témoin de ce qui lui
échappe et lui était pourtant
destiné ».
Ouvrage cité, p.14
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