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n° 2

Cinema

Dicembre 1998

La vie est belle

- en France -

Pied de nez à la mort
de Heike Hurst

I giardini dell'Eden

En France on semble savoir comment et selon quelles règles la " Shoah " ( terme hébreu qui désigne le chaos , -ici- destruction du peuple juif ) est à représenter. L ' horreur de l ' extermination des juifs , planifiée, décidée et exécutée dépasse ce qu ' on peut imaginer . Donc on ne peut représenter ce qui dépasse l ' entendement . Le film-référence qui évite cet écueil est " Shoah " , le film de Claude Lanzmann , 9 heures d ' évocations par les survivants , sur les lieux d ' extérmination , aujourd'hui et sans un seul document d ' archives . Dans le film " Shoah " seuls les miraculés ont la parole . " Miraculés " ceux qui témoignent , devraient , en fait , ne plus etre là , car ils étaient doublement promis à la mort . Travaillant dans les commandos spéciaux , chargés de ramasser les cadavres , ils étaient normalement gazés une semaine plus tard .
Car en tant que témoin direct de l ' extermination , il fallait les tuer pour que personne n ' apprenne cela meme qui constituait leur travail . Et c 'est celà meme que beaucoup de journeaux évoquent pour parler du film . " Le Monde " publie les prises de position de trois critiques de cinéma . Un papier général sur la brèche ouverte par " La liste de Schindler " dans l ' interdit de la représentation des camps , brèche dans laquelle Benigni s ' engouffrerait , un autre sur l ' accueil du film par la communauté juive de Paris , un troisième texte reproche à Benigni que dans son film " il n ' y a pas simplement aimé et j' avait fait une ovation comme le , puis à endormir . " De grands hebdomadaires titrent " One man " Shoah " et trouvent le film ambigu . " Libération " , connu pour son non conformisme , titre " La vie ... Benigni - oui- oui." et se lamente que la bande annonce de "La vie est belle" s'appuie sur le geste de Benigni à Cannes. Il s'était jeté aux pieds du président du jurie, Scorsese, le remerciant puor son prix du jury. Ce geste spectaculaire va ˆtre intégré dans la bande annonce du film, comme geste pubblicitaire. Benigni est-il responsable des modes de reclame pour son film ? Pouvait-il empˆcher cette mauvaise utilisation de sa spontanéité vraie et non jouée ? "Pied de nez à la mort, film de rires et de larmes, " la vie est belle " de Roberto Benigni est un conte bouleversant sur l ' Holocauste . Sur la tragédie humaine . " lit-on , perplexe , sur la brochure de sélection hébdomadaire du Monde et des Incorruptibles , alors que les deux journaux n 'aiment pas le film . Car on n ' a pas à reconstituer un camp et une voie de chemin de fer y conduisant ! . Quant aux réactions du public , il est difficile encore de se faire une idée . Les jeunes aiment beaucoup . Le public plus agé adore la prèmiere partie et ne rit plus du tout dans la deuxième . Les chiffres d'entrée ne sont pas encore extraordinaires. Le film a été lancé dans 55 salles à Paris . Ce qui est un événement pour ce genre de film . Comme si le distributeur s'était préparé à une fréquentation record . Après avoir réflechi longtemps sur le film , car à Cannes je l 'avais simplement aimé et j' avais fait une ovation comme le public qui venait de le voir , (et les ovations à Cannes sont rares .) Je pense que le "scandale" du film est peut-etre cet amour que Benigni montre comme moteur de la vie . Cet amour qui doit etre terriblement rare , car ce qu 'on critique , c 'est justment le coté invraisemblable de l'amour de ce père . Car aucun père n' avait pu protéger son enfant de l ' horrible sort qui l ' attendait . Et si Benigni voulait dire justement-avec son scénariste Vincenzo Cerami-que si l'amour avait été plus grand , plus de gens auraient été sauvés ? Car seul l ' amour mobilise en dépit des menaces ! Décidemment ce Benigni est trop naif ! Le reproche part toujours de cela . Ou alors que tous les enfants voudraient avoir un père comme Benigni . Donc c'est injuste d'argumenter avec un enfant et de le faire gagner ! Le faire gagner signifie de garantir sa survie . L ' aspect inventé et imaginaire de la fable est considéré comme un mensonge éhonté , inaccettable . Et si Benigni voulait simplement créer un monde , où son fils pouvait s 'installer pour tenir , tenir jusqu ' à ce que ... et s ' il ne savait pas lui meme , si celà marche et que son devoir était juste de préserver une dimension de vie , de symbolique pour lui meme , son fils et les autres ; créer un lieux symbolique où il puisse , meme dans ces conditions , penser et lutter . Que sa situation relève de la fable , on l ' avait compris . Quand il est serveur dans un restaurant chic , il sert déjà des devinettes à ses clients et les clients lui retournent d ' étranges énigmes . Celà lui servira et celà leur servira . Que le film de Benigni dans la première partie est d ' une drolerie rare ,soit réduit , jaugé ,,jugé et condamné sans voir en quoi il est différant d ' une reconstitution réaliste des camps comme l ' avait fait Spielberg dans " La liste de Schindler " , ne peut que surprendre . Et en quoi les gens ont-ils besoin qu ' on leur dise ce qui est autorisé et ce qui ne l ' est pas ? . Ce qu ' on peut montrer et ce qui est indécent . Pourquoi la vraie indécence ne serait-elle pas de charger les jeunes générations d ' une mémoire dont nous ne venons pas nous meme à bout ? Ce devoir de mémoire , dont nous sommes toutes et tous imprégnés est peut-etre un fardeau terrible pour des jeunes gens d ' aujourd ' hui ? Peut-etre Roberto Benigni a-t-il trouvé la recette pour rendre ce devoir un peu plus léger . Et que ce soit redit : Benigni ne se moque ni des gens , ni des camps . Dans " La vie est belle " on ne rit que de Benigni . De grace ! C ' est un cinéma pour adultes et son auteur , malgré son coté farceur savait très bien ce qu ' il faisait .

 

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