"OKE'" POUR LES BANANES DU GHANA:
une initiative pour le développement durable
(Rongead n. 4 - Novembre 1996)
Bonnes nouvelles d'Afrique
Au pied du plus grand barrage d'Afrique - le barrage d'Akosombo - s'étend de part et d'autre du fleuve Volta, une plantation de bananes dont le propriétaire est la société Volta River Estates Ltd (VREL). Elle est divisé en quatre exploitations bien situées, équipée chacune d'une unité d'emballage, d'une station de pompage et de cables de halage. La distance qui sépare chaque exploitation est d'environ quatre kms et permet une gestion optimale de l'environnement. Il est ainsi possible à un domaine vaste et moderne, d'utiliser des méthodes de production proches de celles employées sur de plus petites surfaces. Avec pour résultat une diminution de la fréquence des attaques parasitaires et des maladies des plants et leur meilleur contróle. Ceci explique d'ailleurs pourquoi VREL a pu se conformer facilement aux critères environnementaux, développés pour la production de bananes, par la Fondation Max Havelaar et d'autres organisations européennes.
L'utilisation de pesticides ne représente que 20% de celle d'Amérique Centrale. VREL ne fait pas appel à trois des quatre grandes catégories de pesticides généralement utilisés en production de bananes. En effet, on n'utilise ni herbicide, les mauvaises herbes étant arrachées soit mécaniquement, soit à la main, ni nématicide car les sols ne sont pas contaminés par les nématodes. Enfin, les sacs de plastique bleu imprégnés d'insecticide sont interdits. Les fongicides - malheureusement inévitables pour lutter contre la cercosporiose noire - ne sont appliqués que 12 fois par an. Ce qui reste bien en deèà de la fréquence moyenne des pulvérisations aériennes au Costa Rica, qui est de 40 à 45 passages par cycle de production de 9 mois.
A la recherche d'un équilibre
Les pulvérisations aériennes de fongicides sont particulièrement nocives et les pertes sont conséquentes lorsque ces produits sont appliqués si massivement et fréquemment. Les plantes elles-mêmes n'en profitent guère car la plus grand partie est emportée par le vent ou par l'eau. Des chercheurs ont récemment publié des chiffres alarmants (Royal Academy of Sciences n¡ 3, mai 1996): sur le total des pesticides pulvérisés par avion, 15% sont emportés par le vent, 40% atteignent le sol et non les feuilles, et 35% environ sont lessivés par la pluie. Les conséquences néfastes en sont nombreuses et connues: elles vont des cas graves d'intoxication humaine à la destruction des écosystèmes locaux et environnants.
Il est évident que tout doit être fait pour réduire sérieusement ces dégats à l'environnement. A cet égard, VREL expérimente actuellement au Ghana un fongicide biologique non toxique qui porte le nom de Nicon-PQ. Ce produit, fabriqué à partir d'extraits de pépins de pamplemousse, s'avère très prometteur. Son utilisation, couplée à une méthode sophistiquée d'équilibre de fumure et de recyclage des déchets, fait sans nul doute de VREL un des Çpremiers de la clas seÈ en matière de gestion de l'environnement.
Un actionnariat ouvrier
Grace au prix ÇéquitableÈ offert par les organismes de certification Çfair tradeÈ en Europe (40% supérieur au prix des bananes de VREL en temps normal), les conditions sociales vont pouvoir progresser à grands pas. Les salaires vont pouvoir être augmentés de 25% et après quelques années, de l'argent sera disponible pour investir dans l'amélioration des conditions de transport, de logement et de soins.
VREL a également conçu un nouveau modèle de crochets qui rend le halage des régimes de bananes entre les plantations et les unités d'emballage nettement moins pénible. Enfin, les zones ÇtamponsÈ qui séparent les plantations des rives du fleuve seront aménagées pour y planter du riz et permettre aux populations de compléter leur alimentation traditionnelle.
Le commerce équitable a introduit une autre innovation importante: il est prévu que d'ici cinq ans les salariés de la plantation deviennent actionnaires du domaine. Ainsi, non seulement il continuera à y avoir des consultations régulières entre les dirigeants et les représentants du syndicat indépendant des travailleurs, GAWU mais les employés auront aussi la possibilité d'exercer une influence sur la gestion de la compagnie el le-même. Enfin, VREL a en projet d'offrir à ses employés un soutien logistique et financier pour mettre en place une Çassociation de producteurs indépendantsÈ, grace à laquelle des ouvriers pourront créer leur propre plantation de bananes. Une fois en place, cette association deviendra également actionnaire de la compagnie actuelle. Toutes ces mesures devraient permettre à VREL de jouèr un role moteur pour le développement économique de la région et de servir de modèle de développement durable en Afrique.
Excellentes nouvelles d'Afrique, donc !
(par Jeroen Douglas, Solidaridad, Pay Bas)
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